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Guy Béart
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Ma vie - Ma mère
Ma mère
Ma mère a voulu que je lise son journal qu'elle a intitulé " Ma drôle de vie ". Elle l'a longtemps laissé sur un meuble ces derniers temps ! J'en avais lu une partie lorsque j'étais jeune, en fouillant dans ses meubles ... Mais je savais que cette fois, elle parlerait de moi. J'ai attendu qu'elle me demande de le lire. Pourquoi l'a-t-elle fait alors qu'elle ne cherche même pas à endosser quelques torts, à comprendre la vie des autres, les pensées des autres? Règlement de compte ? Dernière leçon de morale ??? Je suis encore sous le choc de cette lecture qui m'a un peu révoltée. Rien ne me paraît juste. Tout est interprété à travers aigreur, jalousie, fausses justifications, aveuglement. Ma mère se dit issue " d'une famille modeste ". C'est vrai depuis que son père est mort et il est mort jeune ( 27 ans à peu près ). Mais il faut savoir qu'ils ont vécu sur les îles et qu'il avait un emploi de fonctionnaire, haut placé, dans l'administration des colonies. Ses grands parents dit ma mère lorsque ma grand mère a fait sa connaissance " étaient tristes car ils sentaient que leur fille unique allait les quitter ". Ma mère l'a-t-elle appris après coup ? Cela lui paraît-il logique ? ... Certainement...Ou bien pense-t-elle déjà à moi, sa propre fille; moi qui devais à mon tour partir loin de la maison, au Maroc, dans le Lot ensuite ? Que doit-on privilégier dans la vie ? Ses parents, sa propre vie, ses enfants ? Comme ma grand mère, j'ai fait un choix et je me suis tournée vers l'avenir. Le jeune couple de mes grands parents, une fois installé aux colonies a semble-t-il vécu " une vie de rêve ". Bientôt leur première fille, la sœur de ma mère, ma tante, mais aussi ma marraine est née à Marseille lors d'un séjour chez les grands parents. C'était lors d'un congé accordé au père par son administration. Un an après, un 3 e enfant est né. Un garçon nommé Jean qui comblait de bonheur les parents. Bonheur de courte durée puisque le petit garçon tant désiré mourut du paludisme, quelques semaines après sa naissance. Drame qui ne s'est pas arrêté là. Peu après, en 1925 ce fut le tour du père de ma mère. Il mourut du tétanos à l'âge de 27 ans. Pour ma grand mère tout s'écroulait. Elles sont allées vivre chez les grands parents, à Marseille, dans le quartier de M. Elle a repris à Marseille son travail au Fort St Jean. Sa sœur a poursuivi ses études jusqu'au bac, mais elle ne l'a pas obtenu. Ma mère a réussi à passer du cours supérieur au cours complémentaire ou pratique avec études générales, sténo, dactylo, couture. Pendant les récréations, les élèves tricotaient des cache-nez, des gants, des bonnets, des cagoules pour les soldats qui étaient au front. Elles leur préparaient aussi des colis. Le goûter avait souvent lieu à Bois Luzy où à l'époque il n'y avait que des bois fermés par une enceinte et des portails. Les gens alentour pouvaient se promener. Le château n'était pas encore auberge de jeunesse. Ma mère a encore fait une autre année à l'école privée " La Ruche " toujours dans le domaine : sténo, dactylo, calligraphie, couture.
Ma mère parle ensuite de mon séjour en Angleterre avec une copine. Je n'ai jamais été en Angleterre du temps où je vivais avec mes parents !! Peux-être pense-t-elle à mon voyage avec Régine. Nous avions été à Carcassone, aux baux de Provence.
Mes fiançailles ont eu lieu à G en famille. Le mariage à Marseille, le 28 07 1970. Il y avait peu d'invités. Ceux du Lot habitaient trop loin. De mon côté, nous ne fréquentions plus tellement la famille. Certains sont venus à la cérémonie. Ma Grand-mère était présente. Puis nous sommes partis pour le Maroc. Ma mère a fait le parallèle évidemment avec le départ de ma grand-mère pour la Réunion. A-t-elle vraiment été déchirée comme elle dit ? J'ai parfois des doutes. Sur le moment peut-être, j'étais leur seule enfant, et je partais très loin dans un pays musulman; mais... plus tard mes parents ont refusé de me rendre certains services qui étaient normaux et à leur portée, comme venir à mon accouchement. Par contre il lui est arrivé plusieurs fois de venir en vacances au Maroc.
R. travaillait au lycée français ce qu'on appelait non la coopération, mais la "diffusion ".
Lorsque ma première fille est née, j'ai voulu accoucher en France pour que mon enfant n'ait aucun problème de papiers officiels voire de nationalité. Nous avions fait en sorte qu'elle naisse de préférence pendant les vacances scolaires. Mon mari était donc présent. Nous habitions dans notre résidence d'été au Cap d'Agde. J'étais suivie par un très grand médecin de Béziers. Pourquoi ma mère, dans son journal, prétend-elle être venue m'aider ? Pourquoi dit-elle avoir pris l'avion pour la première fois pour aller au Maroc à cette occasion ? Bien sûr qu'elle est venue, mais pour passer des vacances. Je n'avais absolument pas besoin d'elle. Je n'étais pas de ces filles choyées par leur mère qui éprouvait le besoin d'être près d'elle lors d'un premier accouchement. Je souhaitais avant tout être près de mon mari. Je crois même que nous avons mené ma mère en voyage à travers le Maroc lorsqu'elle est venue nous voir et j'étais loin d'accoucher puisque je travaillais. Pourquoi aurais-je eu besoin d'elle ? J'avais une femme de ménage qui faisait même la lessive et certains repas. Mon mari m'aidait. C'est bien plus tard que j'aurais aimé qu'elle vienne m'aider pour la naissance de ma seconde fille. A-t-elle voulu cacher son absence pour ce second accouchement, alors que j'avais une fillette de 3 ans et que je me trouvais seule, au Cap, une ville désertée l'hiver, tandis que mon mari travaillait au Maroc ?
Bref ma mère semble fière d'avoir été grand-mère à 49 ans ! Après le premier accouchement, mon mari est reparti travailler au Maroc et je suis allée chez mes parents, pour peu de temps, avec le bébé pour terminer mon congé de maternité. Pourquoi ne suis-je pas restée longtemps ? Tout simplement parce que mon père a recommencé à me faire des réflexions. J'étais devenue femme, mère, je n'ai pas pu le supporter et mon mari a avancé mon retour au Maroc alors que j'étais censée attendre .son retour pour les vacances de Noël.
Ma mère semble pardonner les écarts de conduite de mon père. Avec l'âge on finit par tout pardonner. m^me moi je lui ai pardonné. Pourtant les 3 mois que j'ai passés avec lui ont été un cauchemar !
Ma mère parle de son attitude comme de la conséquence du " démon de midi. " Or mon père n'a pas attendu la quarantaine pour tromper ma mère, il l'a très souvent trompée.
Ma grand-mère, dont je garde un bon souvenir a su venir me voir régulièrement malgré l'accueil chaque fois désagréable de mon père. Elle m'avait offert une petite chatte grise lorsque mon chat blanc avait été écrasé par un autobus.
En 86...C'est nous qui avons eu un accident r. les enfants et moi. Au retour du Cap d'Agde, mon mari qui était au volant s'est retrouvé face à une voiture qui avait complètement franchi la ligne continue. Pour l'éviter il a donné un violent coup de volant à droite et nous nous sommes encastrés dans un poteau électrique. Les enfants n'ont eu que des blessures légères. R. a dû porter une minerve. C'est moi qui ai été le plus blessée avec un fort tassement de vertèbres qui m'a fait souffrir assez longtemps.
Pour la suite de ce récit il y a bien des passages pour lesquels je ne suis pas d'accord avec ma mère. Elle prétend avoir eu un gros coup au moral à l'annonce de mon cancer des ovaires. Soit. C'était un an après notre accident de voiture et c'était un cancer grave, avancé dont peu réchappent. Qui allait s'occuper des enfants ? dit-elle. Et bien mon mari, le temps de mon hospitalisation et mon mari et moi dès mon retour à la maison ! Je n'ai jamais cessé de m'en occuper. D'ailleurs ils étaient scolarisés et ne pouvaient donc aller à Marseille. Elle ajoute que mon père est venu chercher notre fils, peut-être et j'en doute, mais sûrement pas jusque chez nous ! Mon père est en effet venu me voir pour la première fois il a vu où je vivais. Je me souviens qu'il s'est signé, qu'il a joué au ballon avec notre garçon et qu'il m'a invitée au restaurant. Notre fils est allé à Marseille une ou deux fois en dehors de nos propres visites, rares à cette époque, je le reconnais. Je me souviens que ma fille aînée et son mari qui partaient en voyage vers l'Italie l'ont laissé une fois en passant, à Marseille. Il y est allé aussi lorsqu'il a eu un cancer à son tour pour entendre mon père lui dire : "Tu es maigre et tu viens bouffer chez moi ! ". Mais jamais en dehors des vacances et surtout pas pour être gardé par ses grands- parents. Je sais qu'ils l'ont amené à la Vierge de la Garde.
Ma mère est revenue à Marseille et son chat est mort peu de temps après. Cela fait deux fois qu'elle vient chez nous et qu'au retour elle perd un chat. Cela m'ennuie de la laisser seule, sans compagnie. Mais cette fois elle n'en veut plus. Pourtant qu'est-ce qu'elle l'a aimée cette chatte qui venait de la SPA ! Ce chat je l'avais pris à la SPA et il avait la SIDA. La SPA prétendait nous donner un chat sain... J'avais insisté pour qu'elle prenne un chat soigné, vacciné etc... et non un vagabond et j'ai été trompée ! Ma mère m'a considérée comme un peu responsable, disant qu'elle préférait ses vagabonds et elle a même réussi à se faire rembourser la somme demandée par la SPA.
Ma mère avec l'âge vient plus rarement et désormais il faut aller la chercher jusqu'à Montauban à plus de 100 km. Elle a peur de changer seule de train. De plus elle se débrouille pour son retour de prendre un train qui va la faire rentrer à Marseille dans la nuit !!! C'est inquiétant car alors il n'y aura ni métro, ni bus et pas facile de trouver un taxi. Si je ne peux pas changer son billet il faut que je l'accompagne jusque chez elle.
Ce sont les vieillards qui font notre passé et notre futur aussi. Quand ils partent, il semble pendant un moment que ni ce passé ni nous n'avons eu d'existence réelle et surtout nous avons perdu notre avenir car c'est nous qui devenons l'ancêtre.
La mort, ma mère en parle, ce n'est à la fois pas une terreur pour elle et une inquiétude réelle. On a toujours tendance à étirer vers l'infini cet avenir. Je ne suis pas certaine d'avoir vraiment connu ma mère et je sais que je vais rester avec ce regret comme je l'ai parfois pour mon père. Après la mort d'une personne les rancunes s'effacent. Je reconnais que je ne fais pas beaucoup d'efforts pour parvenir à la connaître mieux et elle reste trop attachée aux apparences, aux gestes, aux paroles qui sont superficiels et cachent la partie profonde de chacun. Je suis et resterai très réservée. Les élans d'affection naissent dans la petite enfance et je ne l'ai pas vécue avec elle. Ce fait a tué mes propres élans d'affection envers mes propres enfants que j'adore cependant. J'arrive mieux à les manifester envers les petits lorsque je les vois souvent et que je les garde parfois.
Ma mère avec l'âge vient plus rarement et désormais il faut aller la chercher jusqu'à Montauban à plus de 100 km. Elle a peur de changer seule de train. De plus elle se débrouille pour son retour de prendre un train qui va la faire rentrer à Marseille dans la nuit !!! C'est inquiétant car alors il n'y aura ni métro, ni bus et pas facile de trouver un taxi. Si je ne peux pas changer son billet il faut que je l'accompagne jusque chez elle. Chaque année pour les fêtes ou l'été, c'est le même souci...Ma mère arrive ce soir. Il faut que j'aille la chercher à Montauban et cela m'inquiète un peu car je ne connais pas bien la ville. Je sais que la gare sera bien indiquée, mais est-ce que je trouverai facilement à me garer ? Enfin on verra. Il faut que j' apprenne à me débrouiller. Les autres fois, c'était R ou I qui y allaient...I. a son bébé maintenant, R. ne doit pas conduire avant demain soir après son intervention ( Il vaut mieux respecter ce délai ) et lorsqu'il va bien il est désormais pris par l'entreprise de notre fils... Maintenant, elle n'accepte même plus de venir sauf si je vais la chercher. Et ça m'embête. Mais je comprends qu'elle est âgée, mais elle me faisait tout de un peu de chantage à un certain moment car je sais que dans le même temps elle voyageait encore avec son club et elle a accepté d'aller en croisière. Ce qui lui a d'ailleurs coûté cher. Pour plus de détails, allez voir pages persos : Mon journal.
Date de création : 29/12/2010 @ 14:46
Dernière modification : 04/02/2013 @ 11:52
Catégorie : Ma vie
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