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Impacts de l'enfance sur la vie

 
Ce ne sont encore que des ébauches qui prennent sens et forme peu à peu....

A l'origine, le frère et la sœur vivaient dans les Pyrénées, plus exactement dans un village de l'Ariège. La famille était pauvre, les enfants gardaient les vaches. La mère avec ses cheveux châtains sévèrement tirés en un modeste chignon, s'habillait en  toute occasion d'une manière quasi monacale : longue jupe noire, bas noirs, chaussures plates noires...
Un rythme de vie particulier à ces montagnes s'était installé.
On jardinait le dernier petit pas trop loin. les grands prenaient soin des lapins, des poules, des vaches. Les bébés on les nourrissait au moyen de " mastégous ".  La maman mettait l'aliment dans sa bouche, le mastiquait pour le rendre plus onctueux, comme une bouillie, puis le retirait pour le donner à l'enfant. Plus tard, ils étaient tellement pauvres que le soir ils se partageaient un œuf.
Les bêtes ils s'y étaient attachés tout jeunes. Les veaux, Julie les trouvait doux, mais ils ne pouvaient pas garder les vaches toute leur vie. Couper le bois, ramasser les feuilles sèches pour la literie, tirer devant les vaches pour labourer tandis que leur mère tricotait ses combinaisons, faisait sa pâte pour les nouilles, le pain, pétrissait, roulait, étirait sans cesse avant de mettre dans le four ou de faire sécher pour mettre dans une boîte. Elle faisait le savon aussi en rassemblant tous les gras qu'elle pouvait trouver, la pauvre : du suif de mouton, de bœuf, du gras de poule, et elle mettait le tout à fondre dans son chaudron, retirait les peaux, les restes de viande, ajoutait de la soude caustique en paillettes, achetée au marché noir et de la gomme arabique... Il fallait ensuite faire cuire à petit feu et remuer, tourner pendant deux heures d'affilée. Quand l'ensemble se solidifiait un peu, vite, elle mettait dans un moule. Elle démoulait une douzaine de jours plus tard et découpait la masse en cubes de savon. Elle rassemblait même les débris avec une goutte d'eau de Cologne qui servait à lier l'ensemble et à reformer un nouveau pain de savon. Le père faisait lui les bouteilles de piquette.
L'hiver, bien souvent les jeunes se retrouvaient enfouis sous la neige, riant aux éclats.  Mais l'été il fallait bêcher et ratisser le jardin avant les semis : carottes, radis, oignons, poireaux, pommes de terre... Le potager était immense et Louis et sa sœur Georgine se décourageaient parfois dans ces lignes dont on ne voyait jamais le bout.
Il faut dire qu'en Haute Ariège, abandonner un champ, c'est le rendre à la forêt. En quelques années, le travail de plusieurs générations serait réduit à néant. .
.
La salle de classe était installée dans une ancienne ferme achetée après la mort du dernier propriétaire. Dans le fond de la courette, la toiture de la vieille étable achevait de s'effondrer. Ses murs tombaient en ruines et elle exhalait des relents nauséabonds qui avouaient fortement à quel usage servait cet édifice délabré. Les jours de pluie les élèves devaient se calfeutrer dans un local plutôt exigu pour tant d'enfants. Quand Georgine et son frère entraient dans la pièce, un murmure confus les accueillait, dominé bientôt par le bruit des pieds déplaçant les petits réchauds à braise, unique moyen de chauffage.
C'était beau sentimentalement parlant, mais ce n'était pas une vie ! Ils avaient bien été à l'école, c'était eux qui écrivaient les lettres, les papiers pour le père.
Dans les marchés, bien que ceux-ci fussent leurs meilleurs moments, les moments où on leur donnait parfois une praline ou une crêpe, les moments où ils pouvaient admirer le geste précis des paysannes, debout ou accroupies à côté de leur panier, le foulard noir noué sous leur menton, qui suspendaient à leur pouce l'anneau de la balance, faisant glisser les encoches de l'axe à petits coups précis, ajoutant un fruit dans le plateau, donnant un élan du bout des doigts pour que l'équilibre s'établisse. Mais ils se désolaient encore et toujours car les vêtements, les chapeaux, la vaisselle étaient bien sur les étalages, mais inaccessibles pour leur pauvre bourse. Ils se promenaient dans les allées, tristes, un peu envieux. Ils écoutaient jaillir les premières notes de musique des forains qui accompagnaient les foires. le démon des chants barbares et attirant s'emparaient d'eux, les hantait, leur laissait entrevoir d'autres horizons. A part aider les parents, garder les moutons par tous les temps quand le gel les blessait, quand la pluie tombait persistante, froide, monotone, sans discontinuer...ou ces promenades finalement tristes, ils ne trouvaient jamais le moment de jouer. Les ventes qu'ils se permettaient en cachette car ils ne payaient pas la location, ne rapportaient presque rien. Tout était dans le village mortellement ennuyeux.
En famille, on parlait beaucoup d'aller vivre ailleurs. Le chemin de fer devint la conversation favorite des deux enfants.
- Bah, chez nous, rien n'est encore construit, prétendit la mère interrompant le fil de leur rêverie et les pensées vagabondes de chacun.
- Oui, mais cela se fera comme ailleurs, les projets sont en cours, notre région ne peut pas rester isolée indéfiniment.
- Tu ne crois pas Louis que nous risquons des désagréments ?
- Mais non, je pense au contraire que la contrée en tirera profit. Les marchés éloignés seront plus accessibles. Je serai bien content de pouvoir aller vers les grandes villes, vers Marseille par exemple.
Leur village, il existait encore si l'on voulait. Mais ce n'était plus qu'une crèche figée, sans avenir, pleine de souvenirs. Louis pensait que ceux qui restaient là ne seraient bientôt plus que des santons d'argile qui n'attendraient même plus le petit Jésus. Ils ne croyaient plus à rien. Ils vivotaient par habitude.  Louis souhaitait autre chose...
Dès 15 ans Louis avait décidé d'y aller à Marseille et bien plus tard car elle était plus jeune, seule Georgine avait bien voulu le suivre. Ils s'étaient éloignés sur le chemin encore blanchi de givre où les oisillons sautaient, virevoltaient autour d'eux. Ils avaient été pris par des carrioles , des chars, des bœufs aux naseaux fumants que prenaient la même direction. Louis savait où il allait, il connaissait sa géographie. Ils avaient même pris le train, avec leurs économies à Tarascon sur Ariège. Ils observaient pleins de rêves le paysage qui défilait, les voyageurs qui allaient et venaient dans l'étroit couloir, la vie dans les gares.
Louis et sa sœur étaient persuadés qu'un port où grouillait la foule offrirait des possibilités d'embauche.
Au début, ils avaient erré même lorsque la pluie tombait à seaux. Après avoir longé des bassins où sommeillaient de vieux bateaux, ils parvinrent aux premiers entrepôts. Lorsqu'il pleuvait, pour ne pas être davantage mouillés, ils pénétrèrent dans l'un d'eux par la large ouverture. Dans l'immense local s'entassaient des milliers de caisses superposées. Ils se trouvaient au centre des ateliers du port en pleine activité. On réparait des navires.
- Pourquoi i-je tant désiré cela ? se demandait Georgine debout devant le quai.
C'était l'heure la plus chaude, à presque midi, à la fin d'un été exténuant et pru prometteur. Les bruits du port et des chantiers de construction navale s'estompaient. Mais Georgine ne percevait  pas vraiment ce qui l'entourait. Elle se sentait seule, elle était soudain saisie d'une subite angoisse devant la vue de la mer, tant espérée et pourtant trop infinie..
A la tombée de la nuit ils avaient affaire à des hommes bruyants, avides d'alcool et de bagarres qui sifflaient grossièrement, interpellaient Georgine que Louis protégeait de son mieux. Il leur arrivait même d'assister à des tapages nocturnes ou d'assister à des rapines.
Les samedis soirs, les deux jeunes osaient rarement se rendre aux bals des auberges où les cavaliers aux conversations louches, pleines de sous entendus, avaient perdu bien avant eux leur visage d'enfants. A S. Les parents ne le leur aurait pas permis mais cela leur permettait de connaître des gens, d'avoir des coups de pouce pour trouver un travail ou même un repas chaud de temps en temps. Au début ils s'y hasardèrent timidement provoquant les commérages à cause de leur jeune âge.Ici ce n'était plus comme au pays des joueurs de vielle du Sud Ouest, des musiciens de cabrettes, de danses traditionnelles de l'Ariège. Des musiques venues d'ailleurs remplaçaient les bourrées
Quand il faisait beau, les deux enfants se dirigeaient vers les quais lorsque le port s'activait, tout grouillant d'hommes en mouvement. Dans la masse des voyageurs, au milieu de la bruyante main-d'œuvre, aux abords des grues près desquelles s'amoncelaient des marchandises diverses, louis et Georgine cherchaient toujours à se renseigner sur un éventuel emploi. Bientôt ils n'auraient plus d'argent... Les personnes auxquelles ils s'étaient adressées jusqu'alors, par malchance, n'étaient pas des employeurs. Enfin, Louis avisa un gars portant une casquette bleue à visière, comme beaucoup, encore un marin c'était sûr !
Le personnage, bourru, haussa les épaules avec humeur.
-Trouver un emploi ? s'étonna-t-il en bougonnant. Moi, je ne veux surtout pas perdre le mien et je ne sais pas si en vous aidant, je me rendrai service ! Ici, c'est un grand port ! Il y a surement du boulot pour toi le grand, tu as l'air solide, tu peux rendre bien des services, mais ta s
œur n'a rien à faire ici. Pour elle c'est plutôt en direction des bureaux et des ménages, qu'il vous faut aller...
Louis et Georgine semblaient consternés par ce simple renseignement, depuis qu'ils tournaient dans ce port ! Renseignement qui d'ailleurs ne leur apprenait pas où se trouvaient les bureaux !

 
Le vieux marin, moins rude finalement qu'il ne le paraissait les regarda surpris et comprit qu'ils cherchaient la direction des bureaux. Il les aida un moment avant de reprendre son travail. Louis et  Georgine s'étaient engagés à nettoyer des bureaux et des entrepôts. Puisqu'il le fallait ils feraient leur boulot sans trop rechigner. Pourtant ils devinaient bien que personne ne leur épargnerait les vexations, les insultes, les punitions injustes ou même les coups de pied : c'était le sort traditionnel des enfants misérables !

Louis et Georgine semblaient consternés par ce simple renseignement, depuis qu'ils tournaient dans ce port ! Renseignement qui d'ailleurs ne leur apprenait pas où se trouvaient les bureaux ! mais plutôt les dortoirs !
Le lendemain pour la première fois, ils sortirent du dortoir et se retrouvèrent dehors. Il y avait du vent, un vent qui venait de la mer et déposait un peu de sel sur les lèvres. Les enfants passèrent leur langue sur leurs lèvres pour y prendre le goût du sel et de l'énergie. Il avaient revêtu les vêtements que la femme du dortoir leur
avait donnés.!
 

Plus tard elle avait connu son futur mari :
- Comment tu t'appelles ?
 Moi c'est Emmanuel
- Enchantée, moi, c'est Georgine.
- Tu viens d'où ?

- Oh ! Tu n'as sans doute jamais entendu parler de mon coin perdu ! C'est en Ariège.
Il s'arrêta net de marcher et lui demanda :

et toi, tu connais Villars le terroir ? :
 


Un moment, elle s'accorda le plaisir doux amer d'évoquer l'image du bien-aimé disparu. Non pas celle des derniers instants, mais celle de leurs belles heures de passion, quand son mari rayonnait de tendresse et de force et qu'elle s'en grisait au point d'oublier ce qui n'était pas elle. Dieu qu'ils avaient été heureux ! Plus peut-être que s'ils avaient pu vivre ensemble le lent cheminement des jours où se révèlent les caractères profonds et où s'usent trop souvent les illusions. Ils n'avaient connu l'un de l'autre que le meilleur.. Bien souvent, Georgine avait essayé d'imaginer Elie vivant auprès d'elle sans y parvenir vraiment.

C'étaient tous des Méridionaux du Sud Ouest. Ils avaient le visage fin, des cheveux bruns, des yeux clairs au regard franc, l'accent du pays et une voix sonore. La bonne humeur était pour le moment de mise mais pas toujours. Ils avaient compris une théorie sur l'influence de l'enfance et des lieux de la première éducation sur les humains.  Ils reflétaient dans leur comportement les contrées pauvres de leur enfance. Mais cela leur donnait la vigueur aussi de chercher à s'en sortir.
Elle avait même souhaité une photo de son premier fils où on le voyait nu et souriant, assis sur un oreillé en dentelle. Il avait à peine six mois et il en paraissait 12, preuve incontestable de son héritage paternel Suisse et du bien-être revenu parès la guerre..
Son mari, le père de son bébé avait été transporté d'urgence à l'hôpital et opéré à chaud pour une appendicite aiguë. Malheureusement, la péritonite s'était déclarée et il  était mort.

Après la mort de son père, sa mère était restée faible, bronchiteuse. L'accouchement et la naissance du second fils n'arrangea pas sa santé.
- Vous vous rétablirez avait dit le médecin et avec les années, vous apprendrez à oublier. Il vous reste vos fils. Pour eux, il faut que le souvenir de votre mari, je ne dis pas qu'il doit disparaitre, mais s'estomper peu à peu. Leur bonheur de petits garçons comme le vôtre d'ailleurs en dépend.
- La maison sans lui n'est plus qu'une coquille vide.

- De ce
père disparu, il vous faudra  apprendre à vos fils à en chérir le souvenir mais pas en faire un obstacle à leur épanouissement. Il leur faudrait un père, un père aimant et solide. Ils devront à ce nouveau père de ne pas avoir gardé de cicatrices de la mort du leur.

Et  quelqu'un pouvait-il comprendre ce que c'était qu'être seule responsable de tout, avec deux enfants et trimer tous les jours.

Roger s'était attaché à l'image de ce père trop tôt disparu. Et ainsi à mesure que grandissait en lui la silhouette de ce père au visage de plus en plus flou, se développait un besoin de s'identifier à ce souvenir. Leur mère avant de sombrer dans l'alcool et de mourir d'une affection des poumons les avait en quelque sorte négligés, délaissés et avait refait sa vie. Que savait-elle de cet homme lorsqu'elle l'épousa ?  Trop malheureuse et trop promptement séduite, elle n'avait pas cherché à en savoir bien long. Elle était seule avec deux fils, déjà lasse, assez misérable...Mais cet homme avait un passé déjà lourd. Il avait trop bu, querellé... Très rapidement Georgine dut se résigner et elle sombra vite dans la mélancolie.

Mais elle ne disait pas tout, cet homme qui devait la sauver de la misère croissante, gagnait finalement peu d'argent. C'était comme disait l'oncle :
- un picolo qu'on pourrait suivre à la trace par vent contraire, une brèle finie, le genre qui se casserait les deux bras  de crainte d'en faire trop. Il n'y a qu'un outil qui ne le fatigue pas, c'est la bouteille.De plus il accaparait tout ce qui était à elle, et le peu qu'il gagnait lui-même, il le dépensait en alcool,  l'entrainant peu à peu, dans ses dérives.
Avec ce genre d'oiseau rare, la mère fragilisée par une toux tenace et par ses grossesses avait dû se mettre au travail. Elle servait ou faisait la plonge dans des restaurants.
- Autrefois, quand je l'ai connu, il ne buvait qu'un verre disait-elle en baissant la tête, puis il a pris l'habitude de boire plus, de se rendre aux bars du quartier dès l'ouverture, maintenant lorsqu'il rentre il est passablement éméché..


Le beau père non seulement était ivrogne, peu travailleur et malgré cela d'un orgueil frisant l'arrogance et il avait un caractère vindicatif. Elle ne supportait plus les menaces de saisie, la misère qui s'incrustait, les querelles de voisinage à cause de l'ivrogne. Ses yeux froids fixaient la mère de façon hautaine et ne faisaient qu'effleurer les deux garçons avec insolence comme s'ils n'étaient que des objets sans importance.
Elle avait essayé de diminuer les provisions de vin et d'alcool à la fois pour économiser et pour diminuer les beuveries. Toujours est-il qu'il avait réussi à boire ses réserves, à boire ce qu'ils avaient gagné autrefois avec le père et même à vendre pour boire. Les scènes de ménage se multipliaient et les deux garçons n'aimaient pas se trouver au milieu d'elles.  Certaines personnes arrivent à être contrariées si l'on ne boit pas autant qu'elles. Elles se sentent accusées parce qu'elles boivent trop ! La mère, dans son nouveau foyer, avait fini par boire à son tour un peu, puis un peu trop. Mais elle avait cela de bon, elle n'avait jamais dit un mot contre leur beau-père, mais on voyait bien qu'elle souffrait. Les enfants de leur côté avaient compris qu'en parler serait comme mettre lourdement les doigts sur une blessure.
R avait dès l'enfance assisté à de nombreux témoignages de la cruauté humaine. Son père adoptif lui semblait un monstre sans cœur ni entrailles. Il manipulait sans soin des objets que leur vrai père avait chéris. La vie de sa mère, depuis la mort de son père était devenue un enfer et R. l'aîné en était bouleversé.  Il ne disait rien, mais par son comportement, il appelait " au secours ". Mais dans ces temps de misère, personne n'entendait ! Une urgence chasse l'autre. Pour sa mère il n'en était pas une. C'est près de son oncle et de sa tante qu'il trouvait parfois refuge. Ils n'avaient pas d'enfant. Pour eux il était comme un jouet, un moment agréable comme les réussites qu'ils faisaient le soir sur la table de la cuisine avant d'aller se coucher.
Elle ne faisait jamais la moindre allusion au nouvel enfant attendu devant les garçons. Elle savait trop ce que coûtait à son aîné, souvent révolté et souvent maltraité par son beau père, de la savoir enceinte de lui. Mais avait-elle jamais cherché à savoir ce qui se cachait sous le front de ses enfants ?
En effet, avant de mourir, elle avait eu en plus de R. et de C., deux autres enfants, un garçon et une fille dont cet ivrogne était le père.  Le dernier bébé lui, pleurait souvent dans son coin.

Quand son beau père lui adressait la parole il aurait suffi de voir la bizarre flamme que l'enfant avait dans les yeux et qui ressemblait au feu qui sort d’une carabine, quand elle tire pour comprendre qu'il ne le supportait plus ! Il devenait insupportable.
- Pourquoi as-tu mis du désordre, pourquoi as-tu dévasté la cuisine ?
-  Nous nous sommes amusés. Nous avons le droit de jouer.
- La gifle retentissante faillit étourdir le garçon.
- Tu n'as aucun droit dans la cuisine et même dans la maison, uniquement des devoirs. Tu manques de respect même envers ta mère. Pour jouer, allez dans la rue.
Les larmes que Roger n'avait pas versées étaient demeurées enfouies au profond de lui-même, d'où elles devaient rejaillir, transfigurées par une mystérieuse opération alchimique en une rage féroce qui devait déferler périodiquement, telle une coulée de lave, sur ses proches, dans l'avenir. Garçon hargneux, les choses allèrent en empirant à mesure qu’il grandissait. Son animosité devenait presque palpable
. Il partait avec son frère vers le port pour atténuer sa colère dans la foule et le rêve. L'enfant rêvait devant les paquebots qui s'évadaient  partant chaque semaine à la même heure vers la Corse ou ailleurs. Il ne connaissait pas encore son destin et combien il haïrait plus tard la mer et les bateaux. Il observait le travail sur les digues d'accostage. Il admirait les bateaux amarrés, immobilisés parmi les gréements qui se balançaient au rythme de la légère houle, arboraient des pavillons différents, des drapeaux de différents pays, lesquels flottaient, se détachant nettement parfois sur l'ampleur d'un ciel bleu mais aux colorations changeantes en fonction de l'heure,  parfois sur un ciel nuageux à l'architecture cotonneuse mobile.
 Elle vivait malade et recluse dans leur nouvelle maison misérable. Tout le monde la bousculait jusqu'à l'injurier. Son mari buvait, les grands garçons  lui reprochaient de s'être remariée. Et elle qui avait été si douce, devenait acariâtre. Elle aussi avait déjà tant souffert. Elle endurait maintenant en plus de leurs traitements cette tuberculose qui l'alitait souvent et la déchirait.
Elle avait adoré ses enfants du temps de son premier mari. Maintenant,  malade, elle n'arrivait plus à se dévouer, à donner tout son être sans même envisager qu'un jour cela lui soit rendu. La pauvreté, l'incertitude du lendemain lui ôtaient le plus clair de sa force, ne lui laissant de cœur que ce qu'il faut pour s'occuper des deux petits, Émile et sa sœur. Elle chérissait encore naturellement son aîné, mais elle ne pouvait plus s'en occuper. Elle parvenait encore en épuisant ses réserves à trouver en elle juste un peu d'instinct maternel pour ces deux plus petits. Mais Casimir, l'enfant né après la mort du père n'avait jamais eu sa place dans un cœur que le malheur avait rétréci. .Elle fut de plus en plus indifférente au sort des deux plus grands. Roger et son frère erraient longuement dans les rues de Marseille et ne revenaient à la maison qu'à la tombée de la nuit, pour avaler quelque chose et dormir sans avoir prononcé plus de dix paroles. Ils couraient à l'heure de rentrer par crainte des coups de baguettes qui s'abattraient tout à l'heure sur leurs épaules  et dont tous deux avaient une expérience suffisante, si les parents n'étaient pas assez soûl pour ne se rendre compte de rien. Tous étaient devenus taciturnes et personne ne réagissait, chaque adulte étant plongé égoïstement dans ses propres problèmes.

Les visites à l'oncle et la tante étaient par contraste des moments extrêmement doux que l’enfant gardait au fond du cœur précieusement pour les savourer lorsqu’il se trouvait seul. Il les imaginait dans la cuisine, le lieu selon lui le plus douillet et le plus accueillant du monde. Il n'existait pas de meilleur endroit. Les plus agréables souvenirs de sa tendre enfance avaient pris place dans cette pièce où il aimait jouer en écoutant les adultes, cependant que sa grand tante vaquait à ses occupations. L'atmosphère embaumait toujours les fines herbes et les épices pour relever ragoûts et fritures. Elle faisait comme personne les tomates à la Provençale.
L'oncle et la tante étaient de ces gens rares qui bien qu'il sachent ce que souffrir signifiait, ne cédaient jamais face à l'adversité.


Cette tante aimait déjà R comme son fils. Mais avait du mal à apprécier Casimir...C'est une injustice blessante lorsque dans une famille une mère ou une tante admettent qu'elles ont de tout temps préféré l'un des enfants.

- Entends-tu les cigales dit Casimir?
- Oui, elles se réveillent
alors que nous nous endormons ! Quelle belle obstination que la leur n'est-ce pas ?
- Casimir le regarda étonné. Roger poursuivit :
- Savent-elles seulement pourquoi elles produisent ce chant  ! Les cigales ne résistent pas à leur sort. Je n'ai pas envie de leur ressembler.
Casimir je vais fuir. veux-tu venir avec moi ?
Casimir semblait effondré par la révélation de son frère. Il avait un peu son caractère bougon, revêche, mais là, c'était trop différent.

Son beau-père tirait de ses poches un mouchoir dans lequel il émettait un bruit semblable à la trompette du jugement dernier et sa montre qui lui servait uniquement d'alibi pour s'éclipser. Il la regardait avec une brusque inquiétude bien simulée, avant de tourner vers la mère un œil navré. R. qui suivait avec habitude ce manège comprenait.

Il avait saisi une conversation sur la misère du couple. Il était petit mais il comprenait à demi-mots. Ils allaient se séparer des deux enfants les plus grands, Casimir et lui. Sans un regret ?  Quel homme était son beau père ? Quelle mère était-elle donc cette femme qu'il ne pouvait s'empêcher d'aimer ?
-  Je n'ai pas choisi d'être le père de ces deux enfants. Tu me les as imposés. Aucun forçat n'aime son boulet et en plus je n'ai pas de travail.

La brutalité des paroles frappa le petit garçon. Voilà tout ce qu'ils représentaient pour ce couple ? Jamais encore Roger ne s'était senti aussi seul, aussi misérablement abandonné. Une larme se noua dans  sa gorge contre laquelle il lutta... Il ne voulait pas pleurer
  On peut mourir de faim ou de froid, mais si l'on en réchappe, on oublie son mal. Mais quand on aurait souffert qu'un seul jour de la honte, on en meurt toute sa vie. Ces paroles de son beau-père, certaines gifles, les regards méprisants devaient le brûler toute sa vie et la brûlure se  réveiller à chaque nouvelle humiliation. R. déjà attaché à sa tante n’accepta jamais celui qui demeura pour lui un intrus. Il préféra renier sa famille.
Un jour il en eut assez de servir de matériel de frappe pour défouler son beau-père à son beau père. Il ferma la porte à l'espérance d'une amélioration de leurs rapports. Peut-être aussi parce que sa mère lui refusait l'affection dont, comme tous les enfants, il avait un besoin vital,  peut-être parce qu'il vivait désormais ente une mère toujours malade, un père brutal deux frères et une sœur à peu près sauvages, il avait fait une fugue, traversé tout Marseille à l'âge de 6 ans pour rejoindre sa tante et son oncle. Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant révolté de 6 ans ? Peut-être avait-il fui volontairement pour ne plus voir sa mère souffrir, se dégrader et oublier son père dans les bras d'un autre qui ne l'aimait pas vraiment ? Peur-être cette fuite était-elle une preuve d'amour envers sa mère ?

- Tante, je veux rester avec toi.
La tante, en contemplant ce tout petit personnage devant la porte avait eu après coup une grande peur. Émilie  eut la sensation que quelque chose s'agitait en elle, quelque chose qui
avait des ailes et qui cherchait à se libérer. C'était comme si une naissance s'était préparée à son insu dans le secret, née d'une conspiration entre son cœur et son esprit, une force inattendue qui se levait et qui ne lui demandait pas si cela convenait. Avec une espèce d'appréhension, elle avança un doigt précautionneux et, tout doucement, avec la légèreté d'un papillon, si inattendue de la part de cette femme costaude, elle toucha l'une des petites mains. C'était un geste timide qui n'osait pas encore s'avouer caresse possessive…. Mais brusquement la menotte s'anima, écarquilla ses petits doigts et les referma sur celui de sa nouvelle mère, qu'elle retint prisonnière avec fermeté.
Alors quelque chose craqua en Émilie, elle qui n'avait pas pu avoir d'enfant. C'était comme une fenêtre brutalement
ouverte par un vent de tempête et la chose qui se débattait en elle prit son  vol l'inondant d'une joie presque douloureuse à force d'intensité… Des larmes jaillirent de ses yeux et se mirent à couler le long de ses joues, petit ruisseau rafraîchissant. Qu'importait maintenant la manière dont cet enfant avait pris possession de sa vie et dont, minuscule et impitoyable tyran, il avait exigé son amour ? Elle découvrait avec une stupeur émerveillée qu'il était sien, et qu'elle le reconnaissait pour tel.

-Tu as été très imprudent. Comment n'as-tu pas compris que c'était dangereux ? Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ?
- Quand maman est à la maison, ce qui est rare, elle a toujours quelque chose à faire avant d'aller se coucher :  vêtements vaisselle où alors  elle est malade...Le beau père lui va au bar, revient saoul et va se coucher...


Ce soir-là, debout de chaque côté du l'oncle et la tante retenaient leur respiration et s'interdisaient le moindre mouvement, regardant seulement s'accomplir sous leurs yeux ce miracle de l'amour qui s'éveillait en eux.
Il était resté alors que son frère était envoyé à l'orphelinat et était devenu sombre, muet et fermé..
Dans sa nouvelle famille, on discutait tranquillement des travaux de leur maison, des nouvelles apprises le matin dans l'impasse. Une bonne odeur pleine d'affection, s'élevait des marmites où mijotait à feu doux le repas.
Chez sa mère, la soupe était comme l'air de la ville qu'il respiré près des bateaux. Elle n'avait pas vraiment d'odeur, pas vraiment de goût. Il n'y reconnaissait rien. Il n'y trouvait pas le délicieux picotement du pistou, la douceur ds légumes frais, parfois, la suavité des tripes cuites. La soupe entre dans sa bouche et dans son corps, et c'est soudain tout l'inconnu de sa vie nouvelle qui entre en lui.

Dans cette zone de bien-être, le garçon vivait uni à l'âme du foyer que des mains attentives entretenaient et continuèrent à entretenir jusqu'à son adolescence. La tante était bavarde comme une pie mais l'oncle quoique affable comme les gens de la campagne, se montrait plus taciturne. L'expérience de la misère dans son enfance lui avait enseigné la réserve comme une vertu indispensable.
Il avait tiré un rideau opaque sur son passé. Parfois il s'entrouvrait et avec un peu de tristesse, les remous de sa vie passée surgissaient, mais aussitôt il les faisait reculer derrière le rideau, dans les brumes du souvenir, loin, très loin, dans l'espoir qu'il fût impossible de s'en souvenir. Souvent, la mère se contentait d'envoyer de ses nouvelles à ses premiers enfants. Son nouvel homme gagnait sa vie et celle de sa nouvelle famille. Cependant, peu de temps après, sa mère très malade le fit savoir à l'oncle, son frère. Il lui sembla que la mourante dont il n'avait guère connu que les moments avec son beau père et la maladie,  avait tout de même besoin de la présence de son fils. Son frère qu'il avait revu à l'enterrement était resté un écorché vif.

Au-dehors, les arbres du cimetière avaient encore un aspect hivernal et surtout des rafales de mistral  sifflaient et hurlaient entre les branches sombres des cyprès; Les enfants encore bien petits, ensevelis sous leurs vêtements de deuil semblaient ratatinés comme sous le poids d'un fardeau trop lourd. Pourtant tous gardaient cachée sous leur tête baissée, la même expression d'angoisse.
Pour Roger cette tristesse était ambigüe. Il ne se sentait pas son fils. C'étaient les bras de la tante qui l'avaient bercé tout enfant. Si Roger était triste, c'était juste aux premiers souvenirs de sa tendre enfance avec une mère non encore aigrie. Casimir de son côté était plutôt révolté. Il était le moins favorisé par le sort. Les deux plus petits pleuraient et avaient avaient peur; une peur voisine de la terreur à l'idée de rejoindre Casimir à l'orphelinat.
Tandis que le prêtre disposait les menus objets nécessaires à l'office et entamait les prières, Roger donnait machinalement les répons.
La famille se dispersa et, seul Roger resta chez sa tante, cette nouvelle mère dont il n'était pas le fils mais qui faisait de son mieux.
 
Pourtant, il eut auprès de son oncle et de sa tante une enfance paisible. Son oncle lui trouvait plus de raisonnement qu'on en a ordinairement à cet âge et il était aimé. Il n'était pas pourtant un enfant gâté.
La mort de sa mère n'arrangea pas le caractère de Roger. A l'école il distrayait ses camarades et répondait parfois de manière insolente.
Les rares fois où il revoyait son frère qui sortait rarement de l'orphelinat, c'était pour reprendre le cours de leurs sottises. Ils avaient pris l'habitude de cacher des cigarettes dans les haies de  certains jardins. Casimir fourrait une main dans les arbustes ou les buissons, fouillait un moment, puis en ressortait un paquet de cigarettes enveloppé dans une toile plastifiée.. Bien que légèrement humides, elles ne prenaient pas vraiment l'eau.. Après plusieurs ratés, et de nombreuses allumettes gâchées, ils allumaient une cigarette, non parce qu'ils aimaient fumer mais parce que c'était s'opposer aux adultes et fumaient une ou deux bouffées en toussant, puis replaçaient leurs trésors.
. On obtenait tout de lui par le raisonnement et la douceur mais il n'était pas naturellement docile et sa nature comportait toujours un fond de rébellion que le développement de son corps ou l'usage de l'autorité sans raison réveillait..
- Il faut lui infliger de sévères punitions.
- Soit, mais il me rit au nez et puis c'est un orphelin qui a été malheureux.
- Je m'occuperai moi-même de le remettre dans le droit chemin, à la maison, affirma l'oncle, mais j'exige qu'il respecte ses professeurs et travaille correctement.

Avec l'adolescence, ses songes devinrent brutaux. Sa virilité naissante l'emportait dans des abîmes insoupçonnés d'où il émergeait au réveil, haletant, inondé de sueur et le cœur cognant lourdement dans sa poitrine. Ces malheureux rêves le laissaient plein d'angoisse et de honte. Comment en parler à un oncle et une tante pour lesquels il n'était plus le petit garçon blondinet plein d'espoir et qui avait besoin d'affection ?
Quand au plus profond de la nuit, Roger quitta la maison de fille, il se sentait les jambes molles et le corps las mais l'esprit extraordinairement clair et libre. Il ne parvenait pas à comprendre pour quelle raison l'église faisait un crime d'une chose aussi simple, aussi naturelle et aussi délicieuse que l'amour. Et il éprouvait pour celle qui venait de le lui révéler, une reconnaissance bien proche de la tendresse. Tout était silencieux et le froid mordait plus vif. Il se mit à courir pour se réchauffer. mais où aller? Pas chez l'oncle et la tante à cette heure-ci...
Il avait son diplôme de chaudronnier sur cuivre. Mais porteurs de grosses pièces, chefs d'équipe, ouvriers costauds et bruyants le bousculaient, lui l'adolescent débutant, sans cesse. On lui faisait faire surtout les corvées, charger, décharger d'énorme charrettes tractées par un cheval blanc, pas toujours facile à faire obéir. De plus, il fallait souder, enlever les copeaux et les déblais, tout entasser manuellement sur les fardiers. Lorsqu'il prenait du retard, il se faisait joliment secouer !
Quand j'aurais quelques économies pensait-il, je pourrai changer de travail. Je ne veux plus être le serviteur des autres.
Et si je m'engageais comme le conseille mon oncle ?
- A l'armée, tu seras un serviteur aussi, répondit celui-ci et cela peut durer indéfiniment. Mais au moins tu aura un boulot et je ne veux pas te revoir trainer sans rien faire.

Comme un voyageur qui explore l'état de ses bagages et le fond de sa poche avant de se lancer sur les chemins, Roger, assis les coudes aux genoux passa la revue de ses connaissances et de ses possibilités. Sa culture, était honnête quoique sans éclat. Il avait bien un métier mais très pénible et dont le diplôme avait été choisi sur un coup de tête. Certes il possédait de la vigueur, une vigueur u-dessus de la moyenne, mais il ignorait encore tant de choses. Il était temps de changer de direction. Urgent même compte tenu de l'ultimatum de son oncle et de sa tante.
Les traits étaient nets et fiers. Les maxillaires avaient de la puissance et sous les sourcils broussailleux, les yeux verts avaient parfois des reflets glacés. Tout dans ce garçon à l'allure nonchalante proclamait cependant  l'ardeur, la vitalité et la séduction d'un être difficile à discipliner.
Il frappa à la porte. Le battant de chêne noirci par le temps, s'ouvrit en grinçant. Un homme assis derrière le bureau, écrivait. A l'entrée du jeune homme il releva des yeux fatigués derrière de grosses lunettes de fer, ébaucha un sourire puis sans cesser son travail, murmura :
- Asseyez-vous, jeune homme ! Je suis à vous dans un instant.

Roger, accablé par ce qu'il considérait comme sa condamnation, baissa la tête et, sans avoir le courage de saluer, quitta le cabinet.

A 16 ans, il dut s'engager comme mousse sur un cargo. Il apprit quelques rudiments des armes... Comme la plupart des jeunes de l'époque, dans son enfance, il s'était vu épargner les corvées du ménage grâce au labeur incessant de sa tante, toile de fond de toute sa jeunesse depuis l'âge de 6 ans. Chose qu'il n'avait pourtant jamais vraiment remarquée. Ce ne fut qu'au cours de son service militaire qu'il s'aperçut que son lit ne se faisait pas tout seul chaque matin, et que s'il laissait un lavabo sale, il le restait. Il espéra trouver une femme qui trouverait assez de temps pour s'occuper de certaines tâches.


La guerre était proche. Puis elle était vraiment venue. Il s'était engagé trop tôt  pour  le service militaire et il allait être appelé, mobilisé par la suite. Il n'avait pas été une recrue exemplaire et s'était montré au fil des années tour à tour révolté et imaginatif dès qu'il rêvait de fuir cette prison qu'était la vie de soldat à l'approche de la guerre et en temps de guerre. En cumulant service militaire et guerre il allait faire 5 ans. Il avait eu tout le jour l'impression d'une catastrophe imminente. Il avait même sangloté, un long moment, désespéré. Puis  courageusement, il avait essuyé ses yeux rougis par les ultimes larmes de l'enfance. Il était prisonnier de sombres pensées qui l'empêchaient de dormir et que la guerre serait loin de guérir ! Las de se tourner et de se retourner dans son lit, il avait enfilé des pantoufles et une robe de chambre pour descendre dans l'intention de faire un  tour un jardin. Il n'avait personne sur la tête de qui s'appuyer, pas de parents assez chaleureux, même si l'oncle et la tante tété de bons parents, ils ne seraient jamais ses vrais parents. Demain il partait au combat il était si jeune par le fait de s'être engagé et d'être né un 31 Décembre. Il aurait aimé une tendre épaule maternelle et pouvoir lui dire tendrement, la nuit est si belle, viens me rendre mes forces et mon courage.
Il descendit jusqu'au port et demeura émerveillé par la splendeur du spectacle : hautes murailles de bois rouge, bleu ou chamois, poupes aux vitres constellées de reflets, les vaisseaux de guerre avec leurs figures de proue colorées et leurs pavillons chamarrés ressemblaient à des palais de rêve. Et puis d'un seul coup il vit le navire qu'il cherchait Il  était là  à quelques encablures. Des marins aux pieds nus larguaient les voiles basses ou hissaient les voiles hautes. Il entendit alors le cri des mouettes...Les mouettes, on en voyait souvent.  R.. aimait les regarder. Il prenait plaisir à suivre leur vol, restant de longues minutes à contempler ces filles de la mer et du vent. Les blanches voyageuses possédaient le pouvoir de le ramener au temps de sa petite enfance, sans qu'il pût opposer la moindre défense à ce souvenir douloureux, aux heures passées sur le port... à les observer ou à leur jeter un peu de nourriture. Il vit que le temps était gris, C'était pour lui un mauvais présage. ...

Mais quels rêves ? Ils allaient tous embarquer sur les superbes navires qui partaient fous d'honneur mais craignaient l'humiliation : allaient-ils mourir, déchoir ? Tous semblaient si pressés d' arriver sur le pont. Pressés d'aller où, je vous le demande ! Là où on ira tous un jour, mais ce devrait être le plus tard possible à leur âge ! Ils allaient presque tous allègrement vers le lieu indiqué par le capitaine, c'est-à-dire presque tous à la mort et inconsciemment. Il ne pouvait pas s'empêcher d'y penser lorsqu'il voyait ses camarades si insouciants.
Il tâta ses poches, il sentit le paquet de cigarettes qu'il avait réussi à y glisser et cela le rassura un peu. Il ne fumait pas, mais une cigarette pouvait permettre d'accéder à quelques faveurs. C'est ce qu'il imaginait.
Dès l'embarquement terminé, les canons de départ sonnèrent. Les habitants, avec un bel ensemble se précipitaient vers le port, vers les meilleurs postes d'observation pour voir s'ébranler la flotte et son pesant convoi. Sous les mugissements des porte-voix, on halait les lourdes ancres. 


Le jour vint. Mauve d'abord puis rose tendre et il se chargea d'or et de pourpre à mesure que montait le soleil encore invisible. R. frissonna parce que cette aurore-là ressemblait à un couchant sanglant qu'il imagina comme une prémonition. Le vent se levait mais ce n'était pas le mistral, il venait de la mer et déposait un peu de sel sur les lèvres. Le jeune homme passa sa langue sur ses lèvres pour y vérifier le goût du sel.
- Que nous gouttions cet instant ne changera rien au sort de ceux qui vont courir des dangers.
- D'ailleurs il se peut que nous le soyons nous-mêmes en danger bientôt. Alors profitons autant que nous le pourrons de ces derniers moments de bien-être et de liberté.
Une heure plus tard la couleur du monde avait changé. Un paysage immense s'étalait maintenant sous ses yeux, sans plus de limites que celles du paquebot,  la mer infinie et monotone... Enfermé dans le navire, livré à l'incertitude des routes maritimes, prisonnier de son propre engagement, il scruta l'horizon où la brume marine effaçait les dernières images du port et par conséquent de la France qui s'estompait dans le lointain, et même de la paix... Il portait encore fièrement le berret au pompon rouge ! Il n'y eut plus que le grand souffle du vent et les proues plongeant dans la longue houle. Pourtant dans cet horizon mobile et instable où des hommes se battaient, il s'imaginait encore en héros de la liberté. mais cela ne dura pas non plus. L'océan se creusait de plus en plus, basculait au-dessous d'eux. Le bateau roulait, tanguait, se balançait. Les jeunes recrues qui vomissaient sans retenue semblaient se multiplier maintenant. Ils ne prenaient même pas le temps de courir jusqu'aux rambardes ou aux toilettes.


En arrivant sur le pont lorsqu'on l'exigeait de lui, il sentait la force du vent qui soufflait à l'arrière; la première fois il fut surpris. Son écharpe nouée négligemment s'envolait et ses longues mèches blondes tournoyaient autour de lui comme des lianes. Le pont désert s'élevait, puis redescendait. Après la chaleur des machines, il recevait le vent de plein fouet. Le navire fuyait devant les grains. Les vagues blanchissaient et, autour de lui, les cordages chantaient tandis que, dans le claquement des voiles, s'élevaient des murmures. Sur la dunette, qui communiquait avec le tillac par quelques marches raides, presque des échelons, il voyait l'homme de barre, bien planté sur ses jambes écartées, ses mains fermement accrochées à la roue du gouvernail. Enveloppé d'un caban de forte toile, il semblait faire corps avec le navire, et cela révoltait Roger.

Roger ne faisait que commencer à connaître ses premières souffrances d'adulte et de soldat. Le métier de matelot n'était pas de tout repos et le capitaine ne tolérait aucune désobéissance et leur menait la vie dure. Les pauvres " engagés étaient bien deux cents sur ce bateau : ouvriers ou paysans sans crédit. Ils devaient servir comme on disait. Il fallait tantôt être dans la chaleur des machines, tantôt sur le pont. Derrière eux, il y avait bien le spectacle du sillage écumeux où flottaient des déchets et des débris rejetés par le bateaux. Quelques mouettes, des goélands s'abattaient sur ces restes, puis aussitôt s'envolaient en poussant un cri perçant. Mais à cette période de l'année, sur l'océan, le vent dominait. Sur les ponts qu'il fallait lessiver, il faisait frisquet, parfois aussi très froid. Les vêtements des jeunes gens de corvée gardaient longtemps l'humidité  de l'assaut des vagues et des seaux d'eau par-dessus la transpiration due à leur séjour près des machines.

Le lendemain pour la première fois, Roger, ne se sentant pas très bien, refusa de passer de la chaleur des machines au vent froid et vif qui balayait le pont. Il dut faire un séjour en prison, dans les cales du navire. C'était l'époque où en France les jeunes filles dans les écoles tricotaient pour les soldats.

- Hé Louis. Ils ont débarqué
Louis, l'oncle de Roger suspendit son geste, posa son arrosoir.
- Ils ont débarqué, reprit plus fort la voix de son voisin.
- Où ça ?
- En Normandie, va écouter la radio, ils en parlent.
- J'y vais, mais ça va pas tarder à chauffer, prophétisa Louis.
- Le sang coule déjà là-bas, je te le garantis.

- Pourtant, c'est sans doute le salut qu'ils apportent.
- A quel prix ?
Chacun devant sa TSF y allait de son commentaire...
La guerre a de surprenants hasards. Celui de R avait été non d'être blessé, mais d'attraper une pleurésie. Cela durcit encore plus son caractère et il réussit à ne jamais rougir de ses écarts. La vie était dure, il serait dur avec elle.
Dans cette humeur, le retour en France ne fut pas ce que sa famille et lui-même avaient souhaité. Pouvait-il, au reste avouer à son oncle et sa tante que la maison, le quartier, la famille même qu'il avait si fort regrettés pendant ces années passées le plus souvent loin d'eux, décevaient ses souvenirs et ses attentes. Il avait conservé la mémoire de lieux verdoyants comme le jardin de son oncle, d'une maison claire, de  parents encore jeunes pleins d'entrain et attentionnés. Tout lui parut plus froid, plus sombre, plus revêche. Les femmes dans les quartiers des boutiques faisaient la queue munies de tickets de rationnement. Les filles ? Il n'aurait eu qu'à sourire vers chacune car il était beau comme un astre ! Il était pour l'instant tellement perturbé que ça ne l'intéressait pas, jusqu'au jour où il rencontra la jeune fille qui allait devenir sa femme. Ils s'aimèrent tout de suite, posèrent à touts moments chez les proches des questions sur l'enfance , l'adolescence de l'autre, sollicitant d'infimes détails, avec cette curiosité avide des amoureux. RM s'inquiéta de sa santé fragilisée depuis la guerre, mais elle restait persuadée de la sauver par la seule force de son amour et de ses prières..

Avec un frémissement de joie, il sentit contre sa joue la douceur de la joue de la jeune fille, la soie de ses cheveux contre son cou. Alors il osa la serrer davantage contre lui et elle ne protesta pas.
- Te revoir m'a donné un immense désir de refaire ta connaissance. Nous avons grandi, nous avons souffert et je crois... Oui, je crois bien que je t'aime.

Le phrase était sortie toute simple, aussi naturelle qu'un chant d'oiseau et Roger s'étonna que l'aveu qu'il faisait pour la première fois malgré ses aventures  eût été si facile. Elle posa sur ses épaules une main frémissante, se serra plus étroitement contre lui tandis que leurs bouches s'unissaient. Pendant une seconde l'univers bascula...
Ce fut elle qui se reprit la première. S'arrachant brusquement à leur étreinte fraîche et douce, elle couru jusqu'au portail de sa maison.

Par bonheur elle avait su résister, déjouer toutes les chausse-trapes ouvertes devant elle. Son sens de la vertu et la conscience de sa dignité ne l'abandonnaient pas.
La douceur de son foyer, n'avait pas atténué son caractère parfois vif. Il y avait eu peu de stabilité dans sa vie. Son parcours se résumait en une succession d'épisodes sans liens mais malheureux et dont le seul point commun était d'avoir laissé des souvenirs désagréables.
Le pays longtemps paralysé par l'occupant, manquait de ressort économique. Il fallait attendre des jours meilleurs pour voir poindre des emplois.
Les soldats revenus de la guerre, les enfants malmenés dès l'enfance par l'abandon et la misère restent longtemps comme des adolescents coupables envers leurs parents. Ils s'enfoncent dans la révolte contre tout et tous et surtout contre la société. Ils sont provocateurs à outrance pour n'avoir pas l'air de faiblir à leurs propres yeux. Les rudesses de la vie antérieure changent parfois même la rébellion en haine, alors qu'un mot de pardon pourrait amener jusqu'aux larmes. C'est peut-être sa fille que R. a le plus aimée, mais il n'a pas supporté de la voir plus tard s'éloigner.
- Tu as perdu ta fille avait-il dit à son épouse lorsque cette jeune femme avait connu son futur mari !
Pourtant peut-on dire qu'il s'était montré aimable avec elle. Ambigüe ! Car autour d'elle, envers ses amis, il a créé une atmosphère de rejet !


- Des escargots ? Comment peut-on manger des choses qui sont pour certains répugnantes.
- Il faut avoir eu faim.

Une gerbe d'eau lui coupa la parole. Elle fut d'abord trempée des pieds à la tête puis soudain recouverte d'eau. Sans la vigueur de la poigne de sa mère, elle n'aurait pas pu se relever.

Il était pris d'une véritable frénésie de savoir, achetait quantité de livres de toutes sortes : histoire, sciences, afin de combler le vide laissé par le fait qu'il avait arrêté ses études assez tôt et à cause de la guerre.

La vieille tante était toujours très belle, très digne, très fière mais ses cheveux étaient blancs. A la mort de son mari elle avait été désespérée et désormais son visage portait les traces de ses chagrins. Plus tard, elle était venue vivre chez eux. RM lui donnait son bain, l'aidait à s'habiller, la coiffait et la nuit écoutait parfois, dans la chambre voisine   dont la porte demeurait entrouverte, au cas où elle appellerait, prête à répondre au moindre appel.
Il aimait comme dans son enfance les plats de viande, les ragoûts aux arômes de tomate et de laurier, les tripes...
R. se targuait de ne pas être machiste mais il savait se montrer despotique et parfois cruel en famille. Il proférait des idées où il affirmait que bientôt les femmes domineraient... Mais au font de lui cela lui paraissait ridicule et il était bien machiste dans ses comportements. C'était un nomade de la vie qui abandonnait brusquement son travail. Il se disait malade, mais cela ne l'empêchait pas de courir après les femmes.Ce n'est qu'en présence de sa fille  ou de ses rares connaissances qu'il se stabilisait, se montrait compréhensif ou aimable. Sa fille était sans doute le seul être qu'il aimât vraiment et elle fut la seule à recueillir, à l'âge mur, quelques confidences..
Fidèle ? Rose-Marie n'en eût pas mis la main au feu. D'ailleurs en était-ce moins douloureux d'assister à son manège  ? Moins humiliant de voir se rengorger les femmes à ses sottes prouesses. Elle devinait les chuchotements, comprenait sans le montrer les insinuations, les plaisanteries, les racontars...
Pour lui, tromper sa femme... était-ce si grave ? C'est si peu de chose. Ces hommes forgés par la guerre se donnaient toutes les excuses.  Bien qu'il aimât sa femme, R. s'estimait contrainte et forcé par sa nature. Qu'est-ce qu'une étreinte rapide  de deux créatures un peu perdues dans la vie ? Sauf qu'il ajoutait parfois une grande amitié, un besoin de protéger, de se faire admirer, à ces relations et de l'exotisme ! Ils ont souffert, ils souffrent encore, l'amour du couple ne comble pas le besoin infini et deux créatures se réchauffent à leur propres souffles, se reconnaissent pour une seule nuit, peut-être deux... C'est comme de boire lorsqu'on a soif. Il n'y a pas de quoi faire de si grands drames ! Une poussée de désir, une fringale. Si peu de chose en vérité.
Il ne tenait plus que par un lobe de poumon. Il toussait, crachait, avait de l'emphysème et une bonne dose d'amertume et pourtant il durait et prenait soin de lui. Toute sa vie il dut veiller à ne pas prendre froid depuis sa pleurésie mal soignée. Même à l'époque des restrictions, à cause de sa fragilité, ils allumaient très souvent le poêle à charbon et il passait presque sa vie en manteau surmonté d'une écharpe..
  On aime toujours ce qui s'attache aux souvenirs d'enfance lorsqu'ils sont jolis..
La vieillesse est triste quand on est seul. Il en vint à l'âge où l'homme a besoin d'aide ou de tendresse pour faire l'amour, puis d'aide et de tendresse tout simplement. Il revint vers sa femme sans se poser de questions sur son attitude passée. Ses soins étaient un dû. Il était même persuadé que sa fille devait se consacrer à sa vieillesse et cette idée il l'avait bien ancrée dans la pensée de son épouse.
- Le malheur quand on devient vieux, c'est que personne ne vous respecte plus, on vous traite comme des gosses capricieux, vos enfants vous abandonnent...
Elle l'entourait pourtant des soins attentifs que demandait son état.

- C'est grave ?
- Oui, madame, Un abcès s'est formé...
- Est-ce guérissable ?
- Non, pas vraiment, on peut l'opérer. Cela peut durer
l avait mis de temps, des années... ce mal qui datait de la guerre. Il s'en allait de la poitrine.
 Roger était pour sa femme sa propre faiblesse. Elle se voyait seule dans le noir, elle ne voyait qu'une vieille femme lasse, si lasse... Elle était prête à tout. Rien ne le lui arracherait.
L'atmosphère de la chambre était étouffante. Il voulait tellement de chaleur. Des draps montait une odeur aigre.
Roger commença à tousser : sa quinte de 3 heures. Celle qui le faisait se lever errer dans la maison et crier :
- - les mouchoirs propres ! Marie ! Les mouchoirs où sont-ils ? Ils ne sont pas à leur place !
Ils y étaient, sous le livre qu'il avait déposé dessus !

Sa bronchite devenait chronique. Il regardait cette maladie comme une humiliation qui continuait de lui imposer sa déchéance. Lui, qui avait été sportif, costaud...
Roger réalisait que deux hommes en lui, se partageaient son être moral.  Deux hommes se partageaient son corps. Il y avait en lui la haine enfouie pour son beau-père. Ensuite la guerre et la maladie lui avaient inoculé sa laideur, ses marques de violence, son estampille, sa tentative d'immortalité. Tant qu'il serait en vie, il porterait cette méduse, ce nénuphar, comme l'héroïne malade de Boris Vian, dans sa poitrine. Il songeait chaque fois que son mariage lui apporterait la paix, que la naissance de son enfant également.  Mais il ne le serait pas. Cela ne marche pas de cette façon-là. Une fois que cette laideur vous a été inoculée, elle devient partie intégrante de votre être. elle bat dans votre cœur et sort en salissant tout. Cette laideur ne s'en va jamais. Il ne vous reste qu'à la contenir, la contrôler. Face à sa petite famille, ses veines charriaient ensemble la haine et l'amour. Il se sentait capable de les saisir par les cheveux, de leur cracher des mots cruels, de les humilier... alors qu'il les aimait. Il en demeurait humilié, secoué de fureur contre elles et contre lui-même. Pourtant lorsqu'il se retrouvait seul l'éducation de son oncle et de sa tante le rappelait à l'ordre. Il réalisait qu'il restait attaché aux enseignements de l'enfance et qu'en retrouvant son calme la crainte des choses apprises le réveillait.

- Peut-être aimeriez-vous rester seule pendant quelques minutes avec votre père.
Elle tourna un regard hésitant vers la porte de la chambre, prise entre un sentiment d'obligation et une sensation très forte de mal-être, de gêne.
 Il lui prit le tricot qu’il posa sur la table. Tu vas faire filer mes mailles. Sûrement pas ! ma mère tricote aussi et j’ai appris à respecter son ouvrage.


Date de création : 12/12/2011 . 08:16
Dernière modification : 09/04/2015 . 07:29
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