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Angéline

On l'appelait Julie.  Une fois mariée, elle avait eu deux enfants et s'était consacrée à eux. Son mari rentrait tard, trimait dur et ils avaient poussé leur progéniture à se surpasser à l'école et à prier afin de quitter le monde des travailleurs manuels. Il lui arrivait, bien qu'elle habitât dans l'Ariège, d'aller à Marseille, passer quelques jours chez sa belle sœur.
Le mari était mort brusquement, laissant sa femme désemparée.
Elle était veuve depuis pas mal de temps quand je l'ai connue. Ses yeux étaient un sourire bleu pâle pailleté de gris terni par les larmes et leur regard vous plongeait dans une sorte de honte immédiate. Même quand nous venions la voir, elle expédiait son repas à la hate, entre deux plats, sans prendre part à la tablée ou à la conversation. Elle avait pris cette habitude dès son mariage et ce comportement que nous estimions être celui d'une servante était pour elle un pouvoir. celui de la maîtresse de maison.

Depuis la mort de son mari et de ses enfants, elle avait eu le temps de s'endurcir et considérait donc que si elle avait été capable  de s'en sortir, elle, les autres devaient également en être capables.

Julie voyait l'aridité du chemin qui lui restait à parcourir et son désert. Il lui restait quelques photos. Certains arboraient une petite moustache de paysan du début de XX e siècle. Les femmes avaient les cheveux remontés en chigon comme elle, un air grave. A l'époque, on ne souriait pas sur les photos. Elle évaluait le prix qu'elle aurait à payer et elle sentait déjà sa lassitude:
- Mon Dieu donnez-moi la force.
Cela faisait quatre ans et demi depuis que son mari était mort :
- Le pauvre homme !
Certains semblaient considérer le chagrin des autres comme une maladie qu'on pourrait attraper, si l'on était trop près de ces personnes accablées. Malheureusement, elle savait que c'était un club auquel personne n'adhérait par choix !
Elle qui n'avait pas quitté le deuil et ne le quitterait jamais ne supportait pas cette expression qui la mettait hors d'elle. Son mari non plus n'eût pas supporté cette façon geignarde de parler de lui.  Elle aimait mieux penser que la mort était venue lui apporter une grâce, le mettre à l'abri  de ce qui était arrivé par la suite. Sinon, comment eût-elle pu continuer d'exister ?.

Elle espérait qu'il n'allait pas neiger. Elle avait de plus en plus froid malgré le feu. Le vide laissé par les être aimés et disparus la glaçait. Les flammèches du feu allumé dans la cheminée où elle avait pris l'habitude de se réfugier, dansaient sur les murs. Les yeux fermés, elle essayait de se représenter ses propres enfants. Elle se rendait compte, atterrée, que les images commençaient à pâlir dans sa mémoire et lorsqu'elle regardait par la fenêtre, le soir tombé, elle ne voyait que la lumière froide  des étoiles brillant dans le ciel et miroitant sur les toits d'ardoise du village. Elle se revoyait à côté d'Angélique sa fille au moment de la lessive. Toutes deux penchées au-dessus de la planche à laver frottaient le linge qui avait trempé toute la nuit dans de l'eau. Elles allaient au lavoir de Fontanes portant le lourd chaudron encore fumant où le blanc avait bouilli. Elles enfonçaient alors le linge dans l'eau claire, avec un bâton,  pour le rincer. Angélique et Angéline-Julie avaient mal aux mains, mais elles vivaient..

Sa jeune fille, Angéline et son frère Raoul, étaient nés à S., dans l'Ariège. Ils avaient perdu leur père alors qu'ils étaient assez jeunes. Leur mère très croyante les avait, peut-être sans le vouloir vraiment, orientés vers la religion. C'était une femme seule, et à l'époque, même une femme dure laissait forcément faire ses enfants aussi. Ils ne recevraient pas l'éducation généralement plus sévère d'un père.


 Dès l'instant où la volonté de Raoul disparaissait derrière des forces extérieures, de la violence par exemple, il pouvait imposer silence à son orgueil masculin, sans perdre la face à ses propres yeux.. . Mais pas devant cet orgueilleux.

On regrette le mot lâché... Mais on ne peut pas tout maîtriser. Un simple mot avait mis le séminariste dans tous ses états.

-    Ah parce que maintenant vous en êtes à débattre entre vous de la condition humaine ? fit le supérieur, suffoqué. Seigneur Messieurs. n'avez-vous pas assez de sujets de bataille orale avec la bible pour y ajouter des problèmes qui n'ont rien à voir avec votre séminaire ? Ma parole on jurerait que vous prenez plaisir à vous déchirer l'un l'autre ! Il crevait d'envie d'être votre ami ! Mais dès que vous êtes ensemble, vous vous dressez l'un en face de l'autre comme des coqs de combat. Et vous vous disputez devant les plus jeunes recrues !

Le policier se cala sur le fauteuil. Il attendait que les réflexions s'organisent dans la tête de ces séminaristes. L'un d'eux attirait son attention. Le flegme de ses traits, la décontraction de son corps imprécis sous la soutane, effaçaient toute perception de ses pensées réelles.
Elle si autonome depuis la mort de son mari semblait avoir couché dans la tombe de ses enfants, une partie d'elle-même.



Cette vieille femme chaque année un peu plus voûtée, un peu plus vieille avant l'âge se ratatinait sur sa solitude et son chagrin..


Date de création : 14/03/2014 . 20:25
Dernière modification : 07/01/2015 . 19:09
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Mon grand-père était cantonnier. Je ne sais pas s'il fut " heu-reux ", comme le prétend Fernand Raynaud de ses semblables, mais il fut certainement laborieux, car avec une paie dérisoire, deux ou trois vaches, un porc et quelques moutons, il éleva une famille de 11 enfants, sans allocations familiales et sans sécurité sociale bien entendu. Tous les paysans de l'époque étant d'ailleurs logés à la même enseigne, il ne songeait pas à se plaindre de son sort, n'en ayant pas connu d'autre et manquant de temps pour se lamenter. ( Noël Aujoulat )

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